Réserves particulières 

 Ce texte consacré à la dyslexie est polémique car la tendance actuelle à la médicalisation des troubles du comportement et des apprentissages y est questionnée. Cette tendance n’est certainement pas aussi anodine qu’il y paraît et sa régulation constitue, à mon sens, un véritable enjeu de société. Mais afin de lever tout malentendu, je m’empresse de dire que la polémique en question ne vise aucunement les collègues médecins scolaires ou les partenaires de santé dont l’intervention me paraît bienvenue et nécessaire dans bon nombre de cas

  L'intervention des professionnels de santé auprès de ceux de l'éducation m’apparaît même souvent salutaire car je crois toujours intéressant de pouvoir bénéficier — il n’y a pas de meilleur mot — du regard d’un tiers sur ses pratiques professionnelles. En effet, quand bien même nous attacherions à faire progresser ces pratiques en permanence, nous ne pouvons travailler que certains points et pas d’autres qui, par manque de recul ou par la force de l’habitude, échappent trop facilement à notre regard.  Et c’est en cela que le regard d’un tiers, nécessairement décalé, peut nous aider : à élargir notre regard et notre conscience.

En conséquence, je tiens à bien préciser que même si, dans le texte qui suit, je vais chercher à questionner le positionnement du médical vis-à-vis du psychosocial, cette mise en question, ne concernent pas les personnes, les praticiens individuels dont on ne peut douter des bonnes intentions. Mes propos critiques visent seulement les représentations et les pratiques résultant des politiques d’éducation et de santé qu’ils sont susceptibles d’adopter et de relayer sans avoir, peut-être, pleinement conscience des « puissances » à l’œuvre [1].



[1] Pour ne pas laisser ce terme un peu mystérieux et un peu passé (mais d’une telle actualité) sans mise en contexte, je citerai ici simplement Fijalkow (1997), professeur de psychologie à Toulouse, dans un texte consacré au rapport lecture-médias (cf. bibliographie) et dans lequel il conclut :

« la dyslexie, aux yeux d'un observateur exigeant, apparaît à ce jour non pas comme un concept scientifique mais comme une construction idéologique dont on est alors amené à penser qu'elle doit son étonnante longévité à la puissance d'un lobby médical qui en défend l'existence grâce à un climat de peur et de respect savamment entretenu ».

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